Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain que l'on goûte le passé

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dimanche 30 août 2026

Les zones d'activités, Les témoins d'une expansion...passée

Les Moulins n°13 - Parc D'activités - 1987
Dans un passé marqué par la croissance et la fin des chantiers de la ville nouvelle, le début des années 80 marque l'arrivée des "zones d'activités de quartier". Celles-ci ont été le jalon déterminant de l'expansion des quartiers de la Ville Nouvelle, je citerais (de nouveau) les bureaux de la SEDAF : Les Moulins I, II, III, qui représenteront un modèle précurseur d'intégration urbaine au coeur de zones résidentielles de la Cousinerie.
Les immeubles de bureaux sont conçus dans les mêmes proportions et matériaux que les habitats environnants. Sur le même modèle, la ZA du quartier des Près sera développée dans la 2nd partie des années 80 autour du campus BULL (devenu Decathlon en 1994). Les "Moulins" ont hébergé une multitude d'entreprises de service, de spécialistes dans le domaine médical, des bureaux d'études, notamment informatique, la notion de Technopole est progressivement évoquée, et sera conforté avec l'implantation de l'usine BULL du développement du parc de la Haute Borne et de la déjà très présente Cité Scientifique.
La zone d'activité des Moulins reste avec celle du Triolo et des Près, le démarrage des implantations successives des PME/PMI et des grands groupes au coeur de la ville nouvelle dans les années 70-80. Le succès des installations est tel, que 2 autres sites du même nom seront développées, le quartier de la Cousinerie ayant la capacité foncière adéquate réservée à ce type de chantier.
4 décennies se sont succédées et ont entamé cette dynamique des débuts. La crise sanitaire a accentué prématurément la pratique du télétravail. Les surfaces dédiées aux études et services ont du se réinventer afin que perdurent des activités variées : cabinets médicaux spécialisés, cabinets d'avocats, d'architecte, micro-créches, associations... les PME/PMI toujours présentes ont partiellement déserté au profit des espaces de co-working.
Malgré ce rebond, une importante partie des espaces fait l'objet d'annonces de vente et de location, et l'on assiste à une amorce de désertification. Ce qui occasionne des évènements inconnus jusqu'alors comme des intrusions des gens du voyage sur les parkings environnants, perturbant l'activité des entreprises et des riverains résidant autour des différentes Z.A.
Villeneuve-d'Ascq possède toujours plusieurs zones d'activités majeures où de grandes entreprises et des sièges sociaux sont implantés. Le parc de la Haute-Borne accueille des laboratoires de recherche et des centres d'innovation, tandis que la zone de la Pilaterie regroupe plus de cent cinquante entreprises. On y trouve également des enseignes comme Decathlon, Enedis ou Orange, qui profitent de l'attractivité de cette technopole verte.

🏗 Focus sur l'architecture : Jean-Pierre Watel a conçu le parc d'activités des Moulins. Fidèle à sa démarche, il a imaginé ce parc tertiaire en appliquant les mêmes principes architecturaux que pour l'habitat voisin (gabarits modérés, briques, toitures à double pente), afin d'intégrer parfaitement les lieux de travail au tissu résidentiel de la ville nouvelle.
Les images avant l'implantation du Parc

1987  -les chantiers se poursuivent...
Bâtiments et projets d'aménagement, Constructions en cours : Deux bâtiments de bureaux doivent être livrés au cours de l'année du document, suivis du lancement de deux autres.
Le « Moulin 13 » : Bâtiment construit en bordure du Boulevard du Breucq. Aménagement SEDAF : Animation de la façade visible depuis l'autoroute (70000 conducteurs/jour) avec une tour surmontée d'une "machine à vent" (sic) comme signal repère.
Hôtel-restaurant : Établissement de 60 chambres sous l'enseigne « Les Relais Bleus » (catégorie 2 étoiles), prévu pour la fin du 2ᵉ trimestre 1987.
Restauration : Ouverture prévue au 1ᵉʳ semestre 1987 d'un restaurant d'entreprises à la mesure du centre d'affaires.
La tribune n°20 Décembre 1986.
Les Moulins 1 1980
Les Moulins "1" 1980 rue de la Cimaise
Les Moulins 1 Parking
Les Moulins "1" 1980 rue de la Cimaise
vue "Parking"
Les Moulins 2
Les Moulins 2 -
angle Rue du Colibri / Av de Canteleu

https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2020/04/lusine-bull.html
https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2022/11/lheure-ou-fleurissent-les-bureaux-vides.html
https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2024/02/1979-rue-de-la-cimaise-quand-lhorizon.html

Images restaurées : fonds Watel conservé au Centre Pompidou / Bibliothèque Kandinsky

samedi 4 juillet 2026

🏘 🏗Par les Chemins de la Ville, (9) 1974 Avenue Paul Langevin (Cité Scientifique), Quand l'horizon était (encore) dégagé...

ph (1) Avenue Paul Langevin - Cité Scientifique 1974
A l'arrière-plan : les Résidences Albert Camus, à droite
l'école Centrale (IDN)

Quand l'horizon était dégagé.... sur le Campus Cité Scientifique, avant le début des chantiers de la Ville nouvelle. L'université des "Betteraves" était entourée de champs...d'où son surnom ;-) Sur cette image restaurée (carte postale promotionnelle ) datant de ~1974, nous sommes sur l'avenue Paul Langevin, viabilisée et tracée dès le milieu des années 1960. L'aménagement de cette voie s'inscrit dans la création de la Cité Scientifique pour désengorger les facultés du centre-ville de Lille.
Elle servait d'axe structurant majeur pour acheminer les matériaux et desservir les premiers grands chantiers du sud du campus, notamment l'implantation de l'École Centrale (IDN) qui quitte Lille pour s'installer ici en 1968. au bout de l'avenue : On reconnait les Résidences Albert Camus, avec l'architecture typique de ces "barres" de logements étudiants de l'époque. à droite le bâtiment principal de l'école Centrale, au premier plan à droite , ce grand espace vide et plat (où l'on aperçoit de jeunes arbres alignés) est bien l'emplacement qui accueille aujourd'hui les terrains de football/rugby et les espaces sportifs du campus
Le photographe se trouve sur l'Avenue Paul Langevin, en regardant vers le nord/nord-est. La légère courbe vers la droite que prend la route à l'horizon correspond parfaitement à l'amorce du virage actuel avant d'atteindre l'actuel rond-point de la station de métro 4 Cantons.
 La période de la photo : Au vu de l'absence totale de végétation haute, de la présence des poteaux électriques au loin à gauche (qui ont disparu depuis avec l'urbanisation et l'arrivée du métro aérien au début des années 1980), la photo a été prise entre 1973 et 1975 (cf IGN d'après l'aspect des plantations), juste après l'ouverture de l'école Centrale et des premières tranches de la résidence Albert Camus, à un moment où le secteur des "4 Cantons" n'était encore qu'une vaste plaine en transition.
Le campus avant la Ville : contexte urbain
Paradoxalement, la Cité Scientifique (qui accueille ses premiers étudiants dès 1967) est construite avant que la ville nouvelle elle-même ne sorte de terre. Quand cette photo est prise en 1974, l'EPALE (Établissement Public d'Aménagement de Lille-Est, créé en 1969) commence à peine à faire pousser les premiers quartiers d'habitations denses (comme le Pont-de-Bois, Triolo). Le campus est alors une "île moderniste" isolée, littéralement posée au milieu des cultures de betteraves
Dés le début des années 80, la station de métro occupera ce panorama ce qui marquera la fin de l"isolement du campus. sur la capture GoogleMap, seuls les terrains de sports et quelques lisières boisées ont été préservés avec le temps.

L'avenue Paul Langevin de nos jours

ph (2)Avenue Paul Langevin - Cité Scientifique 1974
Les résidences Albert Camus vues des terrains de Football.

 

Vue IGN 1976
Localisation des prises de vues.





Cartes promotionnelles : Villeneuve d'Ascq Annappes Cité Scientifique Ancienne photo (Delcampe.net)
Restauration Image : IA GEMINI
IGN : IGNF_PVA_1-0__1976-04-20__C1020-0291_CDP7311_6205


mardi 16 juin 2026

La ville Nouvelle, Pionnière de l'éducation permanente

Centre universitaire - Bibliothèque - 1975
Infos Municipales 
4 Février 1978 (AMVA)




⌛ Il y a cinquante ans, bien avant que l’intelligence artificielle n'émerge de nos consciences, le partage des connaissances était déjà un sujet prépondérant. Après avoir évoqué la mise en place de cette dynamique dans un précédent article — à travers l’ouverture des facultés de Lettres et de Droit en 1974 —, Voici une illustration sur des faits concrets de l’époque.

L’éducation permanente ou continue était un concept encore opaque en ce début des années 1980. Pourtant, ce type de formation va rapidement se répandre sur l’ensemble des campus français. Lorsque les facultés de Villeneuve-d'Ascq sortent de terre, l'objectif est de capitaliser sur cet investissement massif : on parie non seulement sur la formation initiale des jeunes, mais aussi sur la requalification des adultes.

Dès cette décennie, la France fait face à un manque structurel de certifications professionnelles. Pour des territoires fortement touchés par la désindustrialisation et le chômage, comme le département du Nord, l’enjeu social et économique est alors crucial : élever rapidement le niveau de qualification d’une population peu diplômée.


L'arrivée successive de la VAP (1985/1992) , puis de la VAE (2002) , casse le monopole du modèle académique classique . L'enjeu est de faire admettre par l'institution universitaire et par le marché du travail que l'expérience professionnelle génère des savoirs équivalents à ceux transmis dans les salles de cours. L’expertise pionnière du CUEEP de Villeneuve d'Ascq : Historiquement ancré dans l'éducation permanente à la Cité Scientifique , le CUEEP dispose d'une ingénierie de formation solide et de structures de recherche (comme le laboratoire TRIGONE) capables d’analyser et de structurer l'évaluation de l'expérience.  
Un gain de temps et d'argent considérable : Au lieu de contraindre un adulte à suivre un cursus universitaire classique s'étalant sur plusieurs années, les dispositifs de validation permettent de réduire drastiquement les parcours de formation (parfois à quelques jours). Cela engendre de fortes économies financières pour les individus et pour les entreprises.  

🔍 Une passerelle d'accès aux diplômes (VAP 85 / 92) : Ces premiers dispositifs offraient aux professionnels sans le baccalauréat la possibilité d’intégrer directement un cursus universitaire de niveau Licence ou Master (DESS) en validant leurs acquis professionnels.  

🔍 L’obtention directe de certifications (VAE 2002) : La loi de 2002 ouvre la possibilité d'obtenir la totalité ou une partie d'un diplôme de l'enseignement supérieur sans obligation de suivre la formation. Salariés, demandeurs d'emploi et bénévoles associatifs peuvent ainsi faire valider des blocs de compétences.  

📜 Voici un extrait de l'article des Infos municipales de Villeneuve d'Ascq, et ce que proposaient les organismes de formation, (principalement le CUEEP) en cette année 1978 :

"Situé à la Cité Scientifique (Bâtiment B4), le CUEEP propose un large éventail de formations scientifiques, de gestion, de mise à niveau et de reconversion :

  • Formations de connaissances générales (tous niveaux jusqu'au baccalauréat) :
  • Français, mathématiques, anglais, matières scientifiques.
  • Préparation aux diplômes nationaux et universitaires :
  • Préparation à l'examen spécial d'entrée à l'université (ESEU / non-bacheliers).
  • Formations de niveau universitaire : Droit, Sciences économiques et sociales, Sciences naturelles, Sciences de l'environnement, Aménagement régional.
  • Diplôme universitaire de formation aux communications.
  • D.U.T. d'électronique.

  •  Cycles courts spécialisés :
    • Stage d'initiation à la vie professionnelle et sociale.
    •  Stage d'initiation économique.
    •  Stage d'initiation à la comptabilité
  • Quelques stages spécifiques (ouverts en avril 1978) :
    • Droit du travail.
    • Initiation à la comptabilité générale.
    •  Initiation à la gestion financière.

       Cinquante ans plus tard, le pari audacieux fait sur les campus de Villeneuve-d'Ascq est devenu une réalité institutionnelle. Le CUEEP, pionnier de l'éducation permanente, s'est fondu dans la politique globale de la Formation Professionnelle de l'Université de Lille. 
Si les besoins des années 1980 se concentraient sur les certifications industrielles et l'alphabétisation, le défi d'aujourd'hui s'appelle transition numérique, compétences relationnelles et inclusion technologique. Les outils ont changé — du tableau noir aux plateformes de e-learning et au CPF —, mais l'ambition originelle reste intacte : faire du campus un espace où le savoir n'a pas d'âge.


VAP  : validation des acquis professionnel
VAE : validation des acquis d'expérience.
C.U.E.E.P. : Centre Université-Économie d’Éducation Permanente - Lille I
CPF : Compte professionnel de Formation.
(1) https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2024/04/les-facultes-de-la-ville-nouvelle-une.html
(2)  infos municipales 04 fev 1978 formation universités ( source AMVA)

samedi 28 mars 2026

1979, un centre apparaît, le début d'une histoire...

Chantier de la Cousinerie 1979
Printemps 1979 : vue sur le chantier au carrefour de l’avenue de Canteleu et de la rue des Comices (Cousinerie).
Nous sommes face à ce qui deviendra l’entrée principale du centre du quartier par la rue du 8 Mai 1945. 
Sur la droite, on devine l'emplacement des futures résidences Cléopâtre et du passage vers le Parc Urbain, la plaine Canteleu et le LaM.
Egalement visible le garage Citroën présent avant l'arrivée des chantiers (1977) *** 
À l’horizon, la colline des Marchenelles dessine encore le paysage, avant d'être masquée par les constructions des résidences des Crieurs.
⌛ 1979, les chantiers de la ville Nouvelle reprennent leur rythme d'avant leur interruption, celui du centre du quartier de la Cousinerie devient un enjeu important pour symboliser ces finitions qui n'en finissent pas !
🛤️ Arrêt sur image : un cliché riche en témoignages visuels de l'époque. Cette photo fut prise lors du repérage de la toute première édition des 24 Heures cyclistes.
Nous sommes à l'angle de la future avenue de Canteleu et de la rue des Comices, les voies de circulation du quartier sont terminées depuis l'année précédente , dans le quartier Ouest de la Cousinerie, on circule pour le moment entre chantiers d'habitations et les champs , le quartier-Est des Marchenelles prend peu à peu sa forme définitive, En arrière-plan sur la photo, la Colline du même nom qui s'est végétalisée lui donnant un aspect plus naturel. , on oubliera peu à peu son origine artificielle, en attendant elle dissimule un quartier-Est en finition.

En Mai 1979, On évoque la fin des travaux le mois précédent, c'est l'élargissement de portion de la rue du 8 Mai à l'angle de l'avenue Canteleu, avec l'aménagement de carrefours et l'installation de pistes cyclables **, la photographie datant probablement de cette période.
Mais c'est le chantier avenir de 274 logements qui va le plus animer les prochains mois de cette année 79 ainsi que les années suivantes  : Les résidences des Crieurs, ( 220 logements collectifs , 54 logements individuels) ****, l'immeuble Sofracin , La crèche Municipale...

Emplacement de la prise de Vue
Croisement Rue des Comices / Avenue de Canteleu
L'accès vers le futur centre est bloqué par les travaux de construction des résidences Cléopâtre, une déviation est faite par la Rue des Comices qui fût (ex rue de Lannoy *) historique, jusqu'à la construction de la Voie principale qui traverse le quartier : la rue du 8 Mai 45.  Le panneau indique l'accès vers les communes voisines - Hem, Roubaix, Croix, Lys-lez-Lannoy 
🔍 Note sur l'aménagement : on distingue des deux côtés de la photo les plots de béton préfabriqués caractéristiques des nouveaux quartiers ( on en trouvera un peu partout pour limiter les stationnements) , ils perdureront jusque dans les années 2000, après 2006, ils feront place aux poteaux d'acier.
Après Mai 1979 une autre vue du Croisement Rue des Comices / Avenue de Canteleu, au 1er plan : les plots de béton, Chantier Du Cabinet d'architecte Watel, qui est devenu de nos jours : le CMP
Les derniers grands chantiers de part et d'autre de la rue du 8 Mai 1945 s'étalent de 1980 à 1982 : 
14 Avril 1982, un centre inachevé, les logements "collectifs" seront terminés avant les individuels, au centre la crèche et l'immeuble "Sofracin" déjà achevés.
Logements collectifs, maisons, bureaux, crèche municipale, école Primaire ( René Clair) ou encore salle des fêtes : les projets s’enchaînent et se superposent pour respecter les délais. En 1983, les engins désertent enfin le centre pour laisser place à la vie. C’est au cours de cet été-là que j’ai parcouru, sans le savoir, le nouveau chemin piétonnier : Les Crieurs. Tout était encore minéral et lisse : une placette aux motifs hexagonaux entre la crèche et la mairie de quartier, des trottoirs impeccables et des façades aux lignes parfaites, sans la moindre trace d'usure. Si les travaux ont peu à peu laissé place aux habitants, l’animation reste fébrile — peut-être à cause de la torpeur estivale, par conséquent tous les logements ne sont pas encore occupés.

Un quartier qui achève sa mue et s'éveille possède tout le charme de la nouveauté. À peine huit ans plus tôt, les champs dominaient encore le paysage ; pourtant, malgré cette métamorphose urbaine, le quartier a su préserver une large part de nature.
C'était le début d'une belle histoire : celle d'un quartier animé et chaleureux, où les zones résidentielles s'entremêlaient et où la diversité des commerces rendait la voiture superflue. 
La vie y était rythmée par de nombreux rendez-vous : marchés, braderies, fête des Allumoirs, 24h cyclistes et diverses activités organisées par les Associations dans les LCR.
Au fil des années, ces moments de partage persistèrent, alternant avec des instants de quiétude absolue. Le quartier retrouvait alors son calme : les commerçants préparaient leurs étals, quelques ouvriers s'affairaient aux finitions des immeubles et les enfants rejoignaient les bancs des écoles. Le quartier, brièvement, s'assoupissait. Tels sont les souvenirs qui me reviennent  et qui suivirent à cette période intense de travaux entre 1979 et 1982 que je n'ai pas connu.
Ils marquèrent la fin des chantiers et l'éclosion d'une véritable vie de quartier.

21 juillet 1983, le centre trouve enfin sa silhouette définitive. Ici et là, quelques voitures font leur apparition, signes discrets des premiers emménagements, Au centre, la place Jean Moulin dévoile ses motifs hexagonaux dessinés au sol. Elle sera inaugurée à la fin de l'année.******


* https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2024/05/le-belvedere-de-la-ville-nouvelle.html
** Infos Municipales 10 Mai 1979.
*** https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2024/05/ville-nouvelle-actualites-les-infos-du.html#60
**** Ville Nouvelle Actualités n°26 Hiver 79-80 p7
***** https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/12/la-cousinerie-en-1983.html 
****** Infos Municipales 32 octobre 1983.
Inauguration de la place Jean Moulin 17 Décembre 1983

ph. Coul. 1979 A.Verdière 
ph. n&B 1979 Fonds Vera Cardot
images aériennes : 
IGN IGNF_PVA_1-0__1982-04__C2504-0061_1982_CDP6204_0094
IGNF_PVA_1-0__1983-07-21__C2202-0521_1983_IFN59-62_0568

vendredi 13 mars 2026

🌆 C'était hier, Hiver 1978/79, une Ville en plein essor...

🌆 Projet Résidence Cléôpatre à La Cousinerie
Ville Nouvelle Actualité n°23 1978/79

Les implantations d'entreprises en 1978/79
Ville Nouvelle Actualité n°23 1978/79

🌆 En cette année 1978, l'hiver débute avec l'arrivée du nouveau numéro de "Ville Nouvelle Actualités" de l'EPALE. Après une pause prolongée en 1977, l'activité des chantiers a repris dans les quartiers. 1978, c'est la signature de la convention sur la fin des travaux de la Ville Nouvelle entre la Ville, la CUDL et l'État. C'est le début des chantiers des stations de Métro (VAL) sur le territoire de la commune.

Au fil de leur développement, les quartiers créent leur vie propre. Les habitants s'approprient l'espace et y bâtissent peu à peu leurs habitudes. Le sentiment d'appartenance à une simple annexe moderne de Lille s'efface au profit d'une conscience d'être Villeneuvois avant tout. En exigeant le meilleur pour leur cadre de vie, les habitants ont fini par adopter leurs quartiers, transcendant ainsi les malfaçons originelles.

🌆 À la Cousinerie, ce sont les abords du Parc du Héron que l'on va animer avec la construction d'un ensemble de 98 logements collectifs. Ce projet baptisé "Résidence Cléopâtre", fait référence au style pyramidal des bâtiments. À l'époque, ĺ’accès des véhicules au parc se fait par l'avenue de Canteleu. Le parking est achevé depuis 2 ans, et le reboisement des abords se poursuit.

Résidence Cléopâtre - Ch. des Cygnes 1982
Le chantier est visible dès fin 1978, ici lors de la reconnaissance du parcours des 24h cycliste, rue des comices, en face le chantier des résidences.

A l’opposé du parc, les résidences bénéficient d'un accès pratique aux zones vertes, séparées par une large allée piétonne (le Ch. des Cygnes) faisant la jonction avec le futur centre du quartier. L’ensemble des bâtiments tapissés de briques et de tuiles traditionnelles contraste avec l’architecture moderne. Le mail piétonnier minéralisé blanc, donne une allure avant-gardiste, inspirant une certaine sérénité et une envie d'y vivre. Les Résidences Cléopâtre de nos Jours. conservent tout leur attrait, même si les années ont quelque peu terni leur allure générale.

Plaine Canteleu -8 r. du 8 Mai 45
1982

🌱 La même année, l'EPALE informe du reboisement d'une partie du Parc Urbain. (Bois d'Annappes) Cette opération est faite sur la parcelle qui borde la plaine Canteleu de la même manière, les paysagistes entament les plantations autour de la plaine afin de l'isoler de la rue du 8 Mai 1945. L'idée directrice étant de maintenir une continuité paysagère au sein de la ville vers les zones du parc.
🏭 1979 est une année faste en matière d'implantations d'entreprises, la ville Nouvelle attire les professionnels, par son cadre et ses parcelles accessibles. On note l'usine Celatose dans la zone du grand Ruage, A la Cousinerie : Self-Auto un magasin de négoce de pièce automobile en bordure de la rocade-est , actuel emplacement de "BM", l'immeuble Sofracim avec 4000m² de bureaux en location au cœur du futur centre,  A Flers-Château, un bureau d'architecte, des entrepôts en location, et un club de Squash ( l'Arbonnoise r. Colpin).

immeuble Sofracin - R du 8 Mai 45 -Cousinerie 1979


A Pont-de-Bois : Le quartier se transforme en véritable pôle de vie avec l'ouverture simultanée dans la galerie piétonne et sur la place d'une supérette, d'une pharmacie, d'un café-jeux, d'une librairie, d'une laverie et d'une mercerie. (Ch des Visiteurs et Place Léon Blum).

Le périodique de l'Epale relatera encore de nombreuses installations dans ses futurs numéros, de nombreux terrains restent à acquérir, Les années précédentes ayant vu un nombre d'emplois conséquent se créer ,  1979 c'est l'année où la commune confirme son statut de pôle d'attraction économique en plein essor. 
Tous les éléments constitutifs d'une ville sont présents :   des constructions, des habitants, des emplois, et des services. Cette synergie a favorisé l'émergence d'un climat social favorable au travers des activités associatives, culturelles, sportives : le  théâtre de la Rose des Vents, le cinéma du Triolo, le centre Commercial récent, l'ouverture des facultés aux publics, le parc urbain, les nombreuses Halles de sports...
Je soulignerais à nouveau (avec une certaine nostalgie) , Cette époque qui fut un véritable âge d'or demeure aujourd'hui sans égale. Un esprit communautaire, positif, animé par l'entraide, l'envie de partager, d'animer, d'apprendre. Si ces activités perdurent de nos jours, elles n'ont plus tout à fait la saveur des années pionnières, ce temps où la ville était en pleine invention.🖊

Centre Commercial - Pl. Léon Blum
pont-De-Bois - Nov1978


🖊 Références et Liens :
Ville Nouvelle Actualités N°23 Hiver 1978/79 - EPALE
cr.photos : Epale / IGN / P.Bruyelle  

 *  https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/08/une-touche-egyptienne-et-azteque-dans.html
**   https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2021/02/cetait-hier-les-chantiers-du-parc-urbain.html
*** https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2023/11/les-24h-de-la-cousinerie-chronique-dun.html
****  https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/11/la-plaine-canteleu.html
1977 :  la pause des Chantiers - Une rupture avec l'EPALE et la CUDL avant la reprise.
https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/12/1978-lannee-charniere-et-le-refus-des.html

mercredi 2 juillet 2025

Que reste-t-il de l’utopie des premières années ?

 
Allée Taine Quartier du Triolo 1975 , une représentation de ce qu'a pu être
une fête de Quartier à l'époque des 1ères arrivées d'habitants.
(Ph.originale P.Bruyelle / générée par l'IA)

Dans le contexte économique et social actuel, il est difficile de dissimuler une certaine lassitude, une impression d’avoir, au fil des années, perdu une part de notre âme dans une ville que certains ont connue nouvelle, innovante, et intimement tournée vers le vivre-ensemble. Les habitants qui suivirent, ou arrivés plus récemment, ne ressentiront pas ce même manque, mais percevront parfois une ville sans caractère, impersonnelle, marquée par l’individualisme. Ce qui contraste avec un passé qui a vu naitre des vocations de leaders locaux issus du militantisme (syndical, associatif, politique) émergent pour porter la parole collective et mobiliser autour des défis (logement, malfaçons…).
Mais ce constat n’est pas propre à Villeneuve d’Ascq : il s’inscrit dans un phénomène plus large, national — voire générationnel. Aujourd’hui, les opérations de réhabilitation se multiplient, signe que la ville accuse le poids de ses cinquante années d’existence. Il ne s’agit pas de revenir en arrière — comme certains le suggèrent avec nostalgie en affirmant que « c’était mieux avant » —, mais plutôt de construire une continuité esthétique et humaine, en valorisant ce qui subsiste de son esprit d’origine, notamment les nombreux espaces verts qui, heureusement, ont été préservés.
2020 - Quartier du Pont de Bois - Chemin des Visiteurs
En a.p : Le nouveau centre Social .
Lorsque les premiers habitants s’installent à Villeneuve d’Ascq dans les années 1970, ils rejoignent une utopie urbaine née d’un projet national ambitieux : créer une "ville nouvelle", pensée pour offrir un cadre de vie harmonieux entre habitat, emploi, nature et culture. Loin de la ville tentaculaire et désordonnée, Villeneuve d’Ascq se construit selon des principes modernes de mixité sociale, d’équilibre entre zones résidentielles et zones d’activités, L’urbanisme y est pensé pour encourager la rencontre : interdiction de clôtures, chemins piétonniers favorisant les croisements imprévus.
On y facilite l'accessibilité à l’enseignement supérieur avec l’implantation massive de facultés et grandes écoles (comme l’Université de Lille, Polytech Lille ou Centrale Lille). Très vite, la population croît rapidement, attirée par un cadre de vie verdoyant, une offre d’emploi dynamique et la promesse d’un "vivre ensemble" pacifique et solidaire. Pendant les deux
2020 Quartier du Triolo Les Résidences étudiantes Tremières (Anciens locaux France Telecom)
en face un chantier de logements mixtes.
premières décennies, cet idéal semble prendre vie : des quartiers comme Triolo, Résidence, ou Cousinerie symbolisent ce modèle de cohabitation sociale réussi. Cependant, à partir des années 1990-2000, cette entraide collective se normalise , voire se neutralise presque complètement.
la ville connaît une lente mais certaine dégradation de ses conditions de vie dans plusieurs quartiers. si Les manifestations ponctuelles marchés, braderies, fête des aînés et bien d'autres sont toujours présentes, les plus importantes à organiser ont disparu comme les 24h de la Cousinerie.Si les zones d’activités continuent de croître — notamment autour du parc scientifique de la Haute-Borne ou du centre commercial V2 — l’humain semble parfois relégué au second plan. Dans certains secteurs comme Pont-de-Bois ou Résidence, la population se précarise, les équipements vieillissent, et les tensions sociales augmentent.
1983 Quartier Hôtel de ville - Station Métro face entrée Sud Centre Commercial V2
L’insécurité devient une préoccupation croissante, avec une hausse des incivilités, de la petite délinquance et une perte de lien social. Selon les chiffres de la préfecture, les faits de violences volontaires ont connu une augmentation notable entre 2010 et 2020 dans plusieurs quartiers populaires. Les grands ensembles, initialement conçus comme des lieux de mixité, peinent à remplir leurs promesses : certains habitants se replient sur eux-mêmes, d'autres s'exilent vers des communes voisines. Ce qui a profondément changé à Villeneuve d’Ascq, c’est la nature du lien social. Là où régnait un fort esprit communautaire et une solidarité de voisinage (associations de quartier, fêtes
1978 Quartier Pont de Bois - Ilot 4  Arch. Josic
collectives, jardins partagés), on observe aujourd’hui une forme de fragmentation sociale et territoriale. Ce délitement est d’autant plus marquant qu’il contraste avec les premières années où l’espoir d’une ville modèle unissait les habitants. Si certaines poches de la ville, comme les quartiers étudiants ou les zones pavillonnaires, conservent une qualité de vie appréciable, d’autres souffrent de cette inégale évolution.À partir des années 2000, ces initiatives se raréfient, particulièrement dans les quartiers prioritaires. La multiplication des incivilités et l’isolement social fragilisent la cohésion.La montée de la précarité dans certains quartiers (pont-de-Bois, Résidence), avec un taux de chômage au-delà de 16 % en 2021 (chiffre métropolitain), contribue à la dégradation du lien social .
1975 Les premiers ouvrages du Quartier Cousinerie -
"Maisons Bâtir" rue de la Cimaise

Contre toute attente, l'image globale de la ville n'en souffre pas, malgré une croissance du parc immobilier ( et universitaire) mais surtout grâce à la dominance de ces espaces verts, de ces équipements, de son dynamisme associatif qui perdure, on en retient l'aspect d'une ville riche de potentiel, où la mémoire du "vivre ensemble" des débuts continue d’inspirer certaines initiatives citoyennes. Il reste aujourd’hui à repenser l’équilibre entre développement économique, qualité de vie et cohésion sociale pour redonner à cette ville nouvelle la promesse de son idéal fondateur.



Le constat en Chiffres...

Expansion démographique et universitaire
La création de la ville nouvelle a propulsé la population de 26 178 habitants en 1968 à 36 769 en 1975, puis à 59 527 en 1982, avant de culminer à 65 320 en 1990.
Depuis 2010, les effectifs se stabilisent autour de 62 000 habitants . La ville accueille désormais plus de 50 000 étudiants, avec un fort taux de jeunes (26 % entre 15 et 29 ans en 2021) , confirmant son rôle central d’écosystème universitaire.
(1) insee.fr /cartesfrance.fr / vie-publique.fr /annuaire-mairie.fr
Prolifération des zones d’activités
Création du parc scientifique de la Haute‑Borne, expansion du centre commercial principal quartier Hôtel de ville (Heron Park, Grand Stade).
la zone d’activités s’est étendue pour absorber une population croissante, mais parfois déséquilibrer le lien social.
Dégradation de la qualité de vie : insécurité & précarisation En 2024, la commune recense 4 389 crimes et délits (taux de 70,4‰ pour 1 000 habitants), avec des chiffres élevés en violences (11,8‰) et dégradations (10,6‰) Les vols et cambriolages sont fréquents : 36‰, dont 4‰ de cambriolages de logements, ce qui signale un ressentiment en matière de sécurité domestique.
sig.ville.gouv.fr / linternaute.com /mgobile.interieur.gouv.fr linternaute.com / revueconflits.com
Des éléments qualitatifs illustrent la dégradation : en 2010–2013, des campements précaires de Roms et des expulsions se sont multipliés dans les quartiers Triolo et Cousinerie, générant des tensions fortes
revueconflits.com / fr.wikipedia.org / books.openedition.org.
La hausse des actes de délinquance urbaine, confirmée par des rapports de l’Insee (plus de 260 000 victimes de coups et blessures volontaires en 2020 en France), témoigne de l’ampleur d’un phénomène dont Villeneuve d’Ascq n’est pas épargnée
linternaute.com / vie-publique.fr / medias.amf.asso.fr

2025 Cité Scientifique - université de Lille le Viaduc du Métro ,
en a.p la bibliothèque universitaire Liliad


Quartier Hôtel de Ville  Rond Point Valmy 2025

ref. bibl "Utopies et mythologies urbaines à Villeneuve d’Ascq" Bénédicte Lefebvre, Michel Rautenberg - Presses Universitaires du Septentrion, 2010.

samedi 31 mai 2025

🦅 Les Ailes de La Cousinerie

1933 L'aérodrome de Roubaix-Flers, Site actuel du quartier de la Cousinerie-Ouest en arrière-plan, la commune de Hem.

Bien avant que l’idée de créer une ville nouvelle soit proposée, En 1929 d'anciens pilotes de guerre se regroupent en une association " les Ailes Roubaisiennes" et cherchent un terrain dans le secteur de Roubaix, le ministère de l'air décide d’implanter un aérodrome aux abords du village de Flers-lez-Lille, à la croisée des agglomérations de Lille, Croix et Roubaix. L’environnement est alors principalement agraire avec peu d'agglomération aux alentours, donc propice aux atterrissages.
Même si l'existence de cet aérodrome fût relativement courte (1931 - 1938) en raison de sa taille, cause de  sa fermeture anticipée suite à un accident (3) , il m'a paru intéressant de souligner qu'il se situait en plein cœur de l'actuel quartier de la Cousinerie. D'où cette exploration "archéologique" en image pour montrer les éléments de la ville nouvelle qui ont pris forme sur ce site.

1933 - Le club d'avions légers de Flandres et son club House,
l'Allée des Cousins y sera construite 42 ans plus tard,lors de la construction de la ville nouvelle, en arrière-plan, les maisons de la rue Edouard Vaillant du Recueil encore présentes de nos jours.

La vue aérienne de 1933 montre le périmètre visible du terrain de l'aérodrome mis en évidence sur la vue IGN en 1969 appartenant ici à une exploitation agricole.

1969, L'aérodrome n'est plus depuis 30 ans, un environnement majoritairement agricole
l'association des Ailes Roubaisiennes et le Cercle Aérien Régional de Lille se situaient au sud du terrain où se trouve à présent la Salle Marcel Cerdan,  à l'opposé se trouvait le club d'avions légers de Flandres et son club House (1), emplacement des résidences de l'allée des Cousins (2). Le repère visuel permanent étant les maisons du Recueil de la rue Edouard Vaillant visibles en 1933, 1969 et 1975.

Juin 1975, Cousinerie-Ouest en chantier.
la rue de Cimaise se dessine autour du quartier, l'aérodrome se situait à l'angle du 1er carrefour, plus tard le chemin de la Note Bleue rejoindra la rue Vaillant via une passerelle pour faciliter le passage vers l'IUT et la centrale d'achat Auchan.

Source:

(1) https://www.anciens-aerodromes.com/?p=5267
(2) https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2021/02/allee-des-cousins-la-poursuite-des.html
(3)
La connaissance de Villeneuve d'Ascq en héritage - F. Prin  p169

Cr.photos : https://remonterletemps.ign.fr
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mercredi 7 mai 2025

🏙 Etre et avoir été

 
Futur quartier de l’Hôtel de Ville en 1974, au centre , la Rose des Vents en chantier. une époque où tout restait encore à construire
Futur quartier de l’Hôtel de Ville en 1974, au centre , la Rose des Vents en chantier.
une époque où tout restait encore à construire

Être et avoir été

On ne peut pas être et avoir été.  citation connue relative aux personnes, mais qui peut s'associer également aux lieux, aux quartiers, à la ville.
Certains demeurent immuables, traversant le temps, parfois même les époques, préservés des changements et des interventions humaines.
D'autres, bien qu'ils fassent partie intégrante du paysage, sont peu à peu réhabilités, transformés, parfois démolis — au point de ne plus ressembler aux images gravées dans les mémoires.

À Villeneuve d’Ascq, le cas est particulier : les murs vieillissent, la nature évolue, mais la ville est-elle encore trop jeune pour être qualifiée "d’ancienne ville nouvelle" ?
Pour préserver son identité, son authenticité, et respecter le projet initial des aménageurs, la municipalité entreprend des travaux de réfection un peu partout, afin que les architectures présentes  conservent leur apparence d'origine, elle innove également en construisant pour répondre aux besoins d'une population non pas croissante mais hétéroclite.

Le Mélies - Rue traversière- Triolo - 2019
Le Mélies - Rue traversière- Triolo - 2019 ( vue artist.)

La société change aussi, La philosophie du vivre-ensemble réelle au début dans les nouveaux quartiers n'est plus.  Du moins pas comme on l’envisageait lors de la création de la ville. Les défauts de conception initiaux ont rapproché les premiers habitants, parfois de générations différentes. Une cohésion sans précédent s’est construite, favorisant les initiatives pour se réunir régulièrement à l’occasion de diverses manifestations festives ou... de mécontentement !(1)
Les fêtes d'école, de collège , les feux de la St Jean, les braderies ont rapproché un temps les habitants, le temps d'un week-end, ou d'activités extra-scolaire ou d'une sortie éducative, et peu à peu les réunions furent plus fréquentes.
La configuration des nouveaux quartiers crée un attachement des habitants à leur environnement immédiat, sans pour autant favoriser les liens avec les quartiers voisins(5)

Allée des Coursives - 1974 Installation quand la peinture était encore fraîche (image générée IA)
Allée des Coursives - 1974 Installation quand la peinture était encore fraîche
(image générée IA)
🏙 Le temps a fait son œuvre, et les artisans de cette solidarité complice entre voisins ont peu à peu disparu. Malgré l’apparente préservation des lieux, certains anciens habitants, restés sur place, ne reconnaissent plus vraiment leur quartier.

La mixité sociale n’est plus une réalité. Les nouveaux quartiers, initialement conçus pour accueillir des ménages issus des classes moyennes, ont perdu cette vocation. Le prix du mètre carré a explosé au cours des trois dernières décennies.(6) Les pionniers de la ville nouvelle sont partis profiter de leur retraite sous des climats plus doux et/ou moins oppressants, parfois hors de la région.

Le constat est frappant : Les quartiers du Triolo, du Pont-de-Bois et de l’Hôtel de Ville conservent une présence significative de classes moyennes, tandis que d'autres secteurs de la ville accueillent une population globalement plus aisée. Cette évolution tend à accentuer, au fil des années, une certaine différenciation socio-économique entre les quartiers.

Ecole Camus - Rue de la Convention - Cousinerie Garderie en chantier 1979
Ecole Camus - Rue de la Convention - Cousinerie
Garderie en chantier 1979 ( vue artist.)

Parmi ceux qui sont restés, certains évoquent avec regret, les débuts de la ville nouvelle, cet esprit d’entraide et de cohésion qui a perduré tant qu’il a pu. un esprit "sans barrières", d'autres soulignent les transformations d’une société à laquelle on a peu à peu inculqué le besoin d’une intimité protégée, sécurisante, voire individualiste.

Centre universitaire - La bibliothèque - Carte promotionnelle
Centre universitaire - La bibliothèque - Carte promotionnelle

De nombreux espaces publics dits " ouverts" de la ville nouvelle ont ainsi été clôturés. Les entrées d'immeubles sont munis de portiques à digicode. Les  L.C.R  (2) ne fonctionnent plus à plein régime malgré une activité associative encore vivace. Les structures demeurent mais l'esprit n'est plus le même.(3)
De même que la volonté initiale du mélange des populations citadine et étudiante (4) n'est plus un sujet d'actualité, à "Lille 3" au Pont-de-Bois le campus a été clôturé dans les années "2000" pour cause de dégradations et d'intrusions. Les initiatives de conférences universitaires ouvertes  aux publics rencontrent un timide succès.

Avenue jl hennebel 1348 Louvain la neuve Eglise st francois
Avenue jl hennebel 1348 Louvain la neuve Eglise st francois

À l’image de notre voisine belge Louvain-la-Neuve — ville universitaire née à la même époque que Villeneuve-d’Ascq et presque jumelle par son modèle urbanistique et son développement autour d’un même projet associant nature et architecture — cette dernière connaît des difficultés similaires en matière de cohésion sociale entre étudiants et population locale.

Au final, il ne nous reste que des souvenirs. Pour certains, l’image d’une ville claire, presque déserte mais prête à nous accueillir. Des fragments d’images éparses, parfois oubliées, parfois retrouvées — comme des bouteilles lancées à la mer des années plus tôt, venues s’échouer enfin sur les rives de nos mémoires.


Photos
Hôtel de Ville 1974, Phot'R - Archive EPALE
Le Mélies - Rue traversière- Triolo - 2019 -C.Delannoy
Allée des Coursives - 1974 Installation - (IA).
Ecole Camus - Rue de la Convention - Cousinerie  Garderie en chantier 1979 P.Bruyelle
Centre universitaire - La bibliothèque - Carte promotionnelle

Avenue jl hennebel 1348 Louvain la neuve eglise st francois - Maud Faivre

(1) https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/12/1978-lannee-charniere-et-le-refus-des.html
(2) https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/08/les-lcr.html
(3) https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2020/06/illusions-et-nostalgie-des-animations.html
(4) https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2024/04/les-facultes-de-la-ville-nouvelle-une.html
(5) 
https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2021/04/le-quartier-neuf-ses-debuts.html
(6)https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2024/11/1977-le-marche-immobilier-de-la-ville.html