Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain que l'on goûte le passé

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vendredi 13 mars 2026

🌆 C'était hier, Hiver 1978/79, une Ville en plein essor...

🌆 Projet Résidence Cléôpatre à La Cousinerie
Ville Nouvelle Actualité n°23 1978/79

Les implantations d'entreprises en 1978/79
Ville Nouvelle Actualité n°23 1978/79

🌆 En cette année 1978, l'hiver débute avec l'arrivée du nouveau numéro de "Ville Nouvelle Actualités" de l'EPALE. Après une pause prolongée en 1977, l'activité des chantiers a repris dans les quartiers. 1978, c'est la signature de la convention sur la fin des travaux de la Ville Nouvelle entre la Ville, la CUDL et l'État. C'est le début des chantiers des stations de Métro (VAL) sur le territoire de la commune.

Au fil de leur développement, les quartiers créent leur vie propre. Les habitants s'approprient l'espace et y bâtissent peu à peu leurs habitudes. Le sentiment d'appartenance à une simple annexe moderne de Lille s'efface au profit d'une conscience d'être Villeneuvois avant tout. En exigeant le meilleur pour leur cadre de vie, les habitants ont fini par adopter leurs quartiers, transcendant ainsi les malfaçons originelles.

🌆 À la Cousinerie, ce sont les abords du Parc du Héron que l'on va animer avec la construction d'un ensemble de 98 logements collectifs. Ce projet baptisé "Résidence Cléopâtre", fait référence au style pyramidal des bâtiments. À l'époque, ĺ’accès des véhicules au parc se fait par l'avenue de Canteleu. Le parking est achevé depuis 2 ans, et le reboisement des abords se poursuit.

Résidence Cléopâtre - Ch. des Cygnes 1982
Le chantier est visible dès fin 1978, ici lors de la reconnaissance du parcours des 24h cycliste, rue des comices, en face le chantier des résidences.

A l’opposé du parc, les résidences bénéficient d'un accès pratique aux zones vertes, séparées par une large allée piétonne (le Ch. des Cygnes) faisant la jonction avec le futur centre du quartier. L’ensemble des bâtiments tapissés de briques et de tuiles traditionnelles contraste avec l’architecture moderne. Le mail piétonnier minéralisé blanc, donne une allure avant-gardiste, inspirant une certaine sérénité et une envie d'y vivre. Les Résidences Cléopâtre de nos Jours. conservent tout leur attrait, même si les années ont quelque peu terni leur allure générale.

Plaine Canteleu -8 r. du 8 Mai 45
1982

🌱 La même année, l'EPALE informe du reboisement d'une partie du Parc Urbain. (Bois d'Annappes) Cette opération est faite sur la parcelle qui borde la plaine Canteleu de la même manière, les paysagistes entament les plantations autour de la plaine afin de l'isoler de la rue du 8 Mai 1945. L'idée directrice étant de maintenir une continuité paysagère au sein de la ville vers les zones du parc.
🏭 1979 est une année faste en matière d'implantations d'entreprises, la ville Nouvelle attire les professionnels, par son cadre et ses parcelles accessibles. On note l'usine Celatose dans la zone du grand Ruage, A la Cousinerie : Self-Auto un magasin de négoce de pièce automobile en bordure de la rocade-est , actuel emplacement de "BM", l'immeuble Sofracim avec 4000m² de bureaux en location au cœur du futur centre,  A Flers-Château, un bureau d'architecte, des entrepôts en location, et un club de Squash ( l'Arbonnoise r. Colpin).

immeuble Sofracin - R du 8 Mai 45 -Cousinerie 1979


A Pont-de-Bois : Le quartier se transforme en véritable pôle de vie avec l'ouverture simultanée dans la galerie piétonne et sur la place d'une supérette, d'une pharmacie, d'un café-jeux, d'une librairie, d'une laverie et d'une mercerie. (Ch des Visiteurs et Place Léon Blum).

Le périodique de l'Epale relatera encore de nombreuses installations dans ses futurs numéros, de nombreux terrains restent à acquérir, Les années précédentes ayant vu un nombre d'emplois conséquent se créer ,  1979 c'est l'année où la commune confirme son statut de pôle d'attraction économique en plein essor. 
Tous les éléments constitutifs d'une ville sont présents :   des constructions, des habitants, des emplois, et des services. Cette synergie a favorisé l'émergence d'un climat social favorable au travers des activités associatives, culturelles, sportives : le  théâtre de la Rose des Vents, le cinéma du Triolo, le centre Commercial récent, l'ouverture des facultés aux publics, le parc urbain, les nombreuses Halles de sports...
Je soulignerais à nouveau (avec une certaine nostalgie) , Cette époque qui fut un véritable âge d'or demeure aujourd'hui sans égale. Un esprit communautaire, positif, animé par l'entraide, l'envie de partager, d'animer, d'apprendre. Si ces activités perdurent de nos jours, elles n'ont plus tout à fait la saveur des années pionnières, ce temps où la ville était en pleine invention.🖊

Centre Commercial - Pl. Léon Blum
pont-De-Bois - Nov1978


🖊 Références et Liens :
Ville Nouvelle Actualités N°23 Hiver 1978/79 - EPALE
cr.photos : Epale / IGN / P.Bruyelle  

 *  https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/08/une-touche-egyptienne-et-azteque-dans.html
**   https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2021/02/cetait-hier-les-chantiers-du-parc-urbain.html
*** https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2023/11/les-24h-de-la-cousinerie-chronique-dun.html
****  https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/11/la-plaine-canteleu.html
1977 :  la pause des Chantiers - Une rupture avec l'EPALE et la CUDL avant la reprise.
https://memoire-urbaine-du-nord.blogspot.com/2019/12/1978-lannee-charniere-et-le-refus-des.html

mercredi 2 juillet 2025

Que reste-t-il de l’utopie des premières années ?

 
Allée Taine Quartier du Triolo 1975 , une représentation de ce qu'a pu être
une fête de Quartier à l'époque des 1ères arrivées d'habitants.
(Ph.originale P.Bruyelle / générée par l'IA)

Dans le contexte économique et social actuel, il est difficile de dissimuler une certaine lassitude, une impression d’avoir, au fil des années, perdu une part de notre âme dans une ville que certains ont connue nouvelle, innovante, et intimement tournée vers le vivre-ensemble. Les habitants qui suivirent, ou arrivés plus récemment, ne ressentiront pas ce même manque, mais percevront parfois une ville sans caractère, impersonnelle, marquée par l’individualisme. Ce qui contraste avec un passé qui a vu naitre des vocations de leaders locaux issus du militantisme (syndical, associatif, politique) émergent pour porter la parole collective et mobiliser autour des défis (logement, malfaçons…).
Mais ce constat n’est pas propre à Villeneuve d’Ascq : il s’inscrit dans un phénomène plus large, national — voire générationnel. Aujourd’hui, les opérations de réhabilitation se multiplient, signe que la ville accuse le poids de ses cinquante années d’existence. Il ne s’agit pas de revenir en arrière — comme certains le suggèrent avec nostalgie en affirmant que « c’était mieux avant » —, mais plutôt de construire une continuité esthétique et humaine, en valorisant ce qui subsiste de son esprit d’origine, notamment les nombreux espaces verts qui, heureusement, ont été préservés.
2020 - Quartier du Pont de Bois - Chemin des Visiteurs
En a.p : Le nouveau centre Social .
Lorsque les premiers habitants s’installent à Villeneuve d’Ascq dans les années 1970, ils rejoignent une utopie urbaine née d’un projet national ambitieux : créer une "ville nouvelle", pensée pour offrir un cadre de vie harmonieux entre habitat, emploi, nature et culture. Loin de la ville tentaculaire et désordonnée, Villeneuve d’Ascq se construit selon des principes modernes de mixité sociale, d’équilibre entre zones résidentielles et zones d’activités, L’urbanisme y est pensé pour encourager la rencontre : interdiction de clôtures, chemins piétonniers favorisant les croisements imprévus.
On y facilite l'accessibilité à l’enseignement supérieur avec l’implantation massive de facultés et grandes écoles (comme l’Université de Lille, Polytech Lille ou Centrale Lille). Très vite, la population croît rapidement, attirée par un cadre de vie verdoyant, une offre d’emploi dynamique et la promesse d’un "vivre ensemble" pacifique et solidaire. Pendant les deux
2020 Quartier du Triolo Les Résidences étudiantes Tremières (Anciens locaux France Telecom)
en face un chantier de logements mixtes.
premières décennies, cet idéal semble prendre vie : des quartiers comme Triolo, Résidence, ou Cousinerie symbolisent ce modèle de cohabitation sociale réussi. Cependant, à partir des années 1990-2000, cette entraide collective se normalise , voire se neutralise presque complètement.
la ville connaît une lente mais certaine dégradation de ses conditions de vie dans plusieurs quartiers. si Les manifestations ponctuelles marchés, braderies, fête des aînés et bien d'autres sont toujours présentes, les plus importantes à organiser ont disparu comme les 24h de la Cousinerie.Si les zones d’activités continuent de croître — notamment autour du parc scientifique de la Haute-Borne ou du centre commercial V2 — l’humain semble parfois relégué au second plan. Dans certains secteurs comme Pont-de-Bois ou Résidence, la population se précarise, les équipements vieillissent, et les tensions sociales augmentent.
1983 Quartier Hôtel de ville - Station Métro face entrée Sud Centre Commercial V2
L’insécurité devient une préoccupation croissante, avec une hausse des incivilités, de la petite délinquance et une perte de lien social. Selon les chiffres de la préfecture, les faits de violences volontaires ont connu une augmentation notable entre 2010 et 2020 dans plusieurs quartiers populaires. Les grands ensembles, initialement conçus comme des lieux de mixité, peinent à remplir leurs promesses : certains habitants se replient sur eux-mêmes, d'autres s'exilent vers des communes voisines. Ce qui a profondément changé à Villeneuve d’Ascq, c’est la nature du lien social. Là où régnait un fort esprit communautaire et une solidarité de voisinage (associations de quartier, fêtes
1978 Quartier Pont de Bois - Ilot 4  Arch. Josic
collectives, jardins partagés), on observe aujourd’hui une forme de fragmentation sociale et territoriale. Ce délitement est d’autant plus marquant qu’il contraste avec les premières années où l’espoir d’une ville modèle unissait les habitants. Si certaines poches de la ville, comme les quartiers étudiants ou les zones pavillonnaires, conservent une qualité de vie appréciable, d’autres souffrent de cette inégale évolution.À partir des années 2000, ces initiatives se raréfient, particulièrement dans les quartiers prioritaires. La multiplication des incivilités et l’isolement social fragilisent la cohésion.La montée de la précarité dans certains quartiers (pont-de-Bois, Résidence), avec un taux de chômage au-delà de 16 % en 2021 (chiffre métropolitain), contribue à la dégradation du lien social .
1975 Les premiers ouvrages du Quartier Cousinerie -
"Maisons Bâtir" rue de la Cimaise

Contre toute attente, l'image globale de la ville n'en souffre pas, malgré une croissance du parc immobilier ( et universitaire) mais surtout grâce à la dominance de ces espaces verts, de ces équipements, de son dynamisme associatif qui perdure, on en retient l'aspect d'une ville riche de potentiel, où la mémoire du "vivre ensemble" des débuts continue d’inspirer certaines initiatives citoyennes. Il reste aujourd’hui à repenser l’équilibre entre développement économique, qualité de vie et cohésion sociale pour redonner à cette ville nouvelle la promesse de son idéal fondateur.



Le constat en Chiffres...

Expansion démographique et universitaire
La création de la ville nouvelle a propulsé la population de 26 178 habitants en 1968 à 36 769 en 1975, puis à 59 527 en 1982, avant de culminer à 65 320 en 1990.
Depuis 2010, les effectifs se stabilisent autour de 62 000 habitants . La ville accueille désormais plus de 50 000 étudiants, avec un fort taux de jeunes (26 % entre 15 et 29 ans en 2021) , confirmant son rôle central d’écosystème universitaire.
(1) insee.fr /cartesfrance.fr / vie-publique.fr /annuaire-mairie.fr
Prolifération des zones d’activités
Création du parc scientifique de la Haute‑Borne, expansion du centre commercial principal quartier Hôtel de ville (Heron Park, Grand Stade).
la zone d’activités s’est étendue pour absorber une population croissante, mais parfois déséquilibrer le lien social.
Dégradation de la qualité de vie : insécurité & précarisation En 2024, la commune recense 4 389 crimes et délits (taux de 70,4‰ pour 1 000 habitants), avec des chiffres élevés en violences (11,8‰) et dégradations (10,6‰) Les vols et cambriolages sont fréquents : 36‰, dont 4‰ de cambriolages de logements, ce qui signale un ressentiment en matière de sécurité domestique.
sig.ville.gouv.fr / linternaute.com /mgobile.interieur.gouv.fr linternaute.com / revueconflits.com
Des éléments qualitatifs illustrent la dégradation : en 2010–2013, des campements précaires de Roms et des expulsions se sont multipliés dans les quartiers Triolo et Cousinerie, générant des tensions fortes
revueconflits.com / fr.wikipedia.org / books.openedition.org.
La hausse des actes de délinquance urbaine, confirmée par des rapports de l’Insee (plus de 260 000 victimes de coups et blessures volontaires en 2020 en France), témoigne de l’ampleur d’un phénomène dont Villeneuve d’Ascq n’est pas épargnée
linternaute.com / vie-publique.fr / medias.amf.asso.fr

2025 Cité Scientifique - université de Lille le Viaduc du Métro ,
en a.p la bibliothèque universitaire Liliad


Quartier Hôtel de Ville  Rond Point Valmy 2025

ref. bibl "Utopies et mythologies urbaines à Villeneuve d’Ascq" Bénédicte Lefebvre, Michel Rautenberg - Presses Universitaires du Septentrion, 2010.